Interviews

Johan Heliot

Interview de Johan Heliot à l'occasion de la sortie de son roman Secret ADN

Johan, après la publication en 2007 et le succès d’Ados sous contrôle (récompensé par 2 prix et 11 fois sélectionné) (mettre lien vers la fiche), on retrouve avec plaisir dans Secret ADN le même univers et la plupart des principaux personnages, notamment Lou et Erwan (précisons pour les lecteurs que les deux romans peuvent se lire de manière indépendante). Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

Je me suis tellement attaché à la personnalité de mes personnages que je tenais absolument à leur faire vivre de nouvelles aventures. De plus, l’univers qui est le leur ressemble suffisamment au nôtre (ils ont juste quelques années d’avance sur nous) pour que je puisse évoquer les problèmes que nous connaissons, ici et maintenant. Ainsi, les camps de rééducation pour jeunes dans Ados sous contrôle, et, entre autres, l’inquiétante attitude de nos gouvernements vis-à-vis des immigrés africains, sans oublier les manipulations génétiques dans Secret ADN. Lou, Erwan, Muna sont en quelque sorte ma voix, ils expriment ce que je pense, avec en plus cet avantage de pouvoir agir comme jamais je ne pourrais le faire.

Justement, les thèmes abordés dans Secret ADN sont très proches de l’actualité, non seulement scientifique mais aussi politique… Par ailleurs, vous situez une bonne partie de votre intrigue en Afrique, continent trop souvent délaissé par le genre et pourtant fascinant sous de nombreux aspects. Pouvez-vous nous en dire un peu plus là-dessus, sur le rôle de la science-fiction pour vous en général, et le choix de l’Afrique en particulier ?

On a tendance à négliger le continent africain, et à trop tourner notre regard vers l’Asie, meilleur partenaire économique pour nos gouvernements. Pourtant, surtout en Europe, nous avons des liens forts avec la plupart des pays d’Afrique en raison de notre passé colonial. Cela nous impose certaines responsabilités. Or la manière dont nous considérons trop souvent les habitants de ces pays est aberrante (je pense ici au plus haut personnage de notre État, qui a prononcé en 2007 à Dakar un discours jugé insultant envers les Africains car il en donnait une vision passéiste et caricaturale). Les ressources matérielles et le potentiel humain de l’Afrique sont considérables. Mais, souvent, la situation politique et sociale y est catastrophique (cela ne gêne pas certaines de nos grandes entreprises, quand il s’agit de travailler avec des dictateurs – passons), ce qui pousse nombre de malheureux à l’exil vers les métropoles de leurs anciennes colonies, dans des conditions la plupart du temps dramatiques. La manière dont nous les recevons est hélas indigne de nos prétentions en matière de droits de l’Homme. Et la situation tend à s’aggraver avec le vote de nouvelles lois de plus en plus restrictives et répressives… J’ai honte d’être européen dans ces conditions. Secret ADN est en quelque sorte ma manière de protester.

Vous êtes l’auteur de près d’une trentaine de publications, sans compter les nouvelles, en science-fiction, bien sûr, mais également en polar, fantastique, fantasy (après La Légion écarlate, paraîtra d’ailleurs l’année prochaine dans la collection « Royaumes Perdus » un nouveau roman) (mettre lien vers le site « Royaumes Perdus », notamment vers la fiche de La Légion écarlate). Vos sources d’inspiration sont nombreuses et variées. Pouvez-vous nous citer celles qui ont nourri l’écriture de Secret ADN ?

Outre les articles cités dans la postface du roman (mettre un lien ici vers la postface, qu’il faudrait reproduire sur le site, dans la rubrique « Dossiers »), ma principale source aura été l’actualité – malheureusement ! Mais certaines œuvres de fiction, elles aussi conçues pour sonner l’alarme et évoquer les dérives du monde comme il va, m’auront inspiré quelques passages de Secret ADN. Je pense tout particulièrement à ce qui demeure pour moi (et quelques autres tout de même !) le meilleur film de science-fiction des années 2000, l’extraordinaire Les Fils de l’Homme. Mes lecteurs pourront d’ailleurs s’amuser à repérer à quel moment je fais un clin d’œil au film (ils y gagneront au moins toute ma considération !). D’une manière plus générale, la lecture de thrillers m’aura inspirée, elle, pour la manière d’aborder ce roman, son ambiance et son rythme.